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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 11:36

Le terme de mixité est souvent employé dans les discours politiques, éducatifs, sociaux. Dans les projets éducatifs, il faut faire en sorte de « développer la mixité », « d'éduquer à la mixité »... Mais de quelle(s) mixité(s) parle-t-on ? Car derrière ce terme se cachent différentes nuances et publics... Qu'appelle-t-on mixité ? En ACM, à quelles mixités peut-on être confronté ?

 

Étymologiquement ce mot vient du latin « mixtus » qui signifie mêlé, mélangé. La mixité est donc une situation qui comprend deux ou plusieurs éléments de nature différente, qui constituent une hétérogénéité (à la différence de l'homogénéité où tout est identique).

A l'image des sociétés composées d'individus très dissemblables : des petits, des gros, des étrangers, des autochtones, des veufs, des divorcés, des ouvriers, des cadres, etc... , qui vivent selon certaines pratiques, habitudes, et qui ne se côtoient pas ou peu, ne se rencontrent pas forcément, de manière volontaire ou involontaire.

Les instants de mixité que l'on peut vivre sont ces moments où des personnes différentes se rencontrent, qui agissent ENSEMBLE, et non pas, qui sont seulement côte à côte au même moment. Il y a CO-construction de quelque chose (de relations, d'objets, d'événements...).

La volonté d'organiser cette mixité sous-tend un désir de rencontres, de connaissance, voire de reconnaissance mutuelle, mais également une volonté de lutter contre les inégalités si l'on pense aux minorités, aux plus faibles, aux exclus (personnes atteintes de handicap, d'un autre quartier, défavorisées...).

Cette mixité rejoint un des objectifs récurrents des ACM, celui du « vivre ensemble », par l'ouverture aux autres, au monde, qu'elle représente. Elle agit également contre les discriminations, l'exclusion liées aux différences.

 

Si l'on fouille un peu, cette mixité peut être détaillée en plusieurs sous-catégories qui pourront vous aider à clarifier quelle(s) mixité(s) souhaiter pour l'ACM :

  • la mixité de genre : garçon / fille

  • celle liée au handicap : accueillir, agir avec des personnes porteuses de handicap

  • mixité de territoire et d'habitat : urbain / rural ; quartiers différents

  • mixité d'âges : de 0 à 120 ans (ou plus!!)

  • mixité sociale : différents groupes sociaux qui composent la société

  • mixité culturelle : selon ses origines, l'éducation reçue, ses pratiques habituelles, etc...

 

Mixité de genre

Ici il s'agit de faire cohabiter les garçons et les filles ensemble, en proposant des activités variées qui s'adressent aux deux sexes, de ne pas refuser qu'une fille joue au football par exemple. C'est également une attitude de tous les jours à exiger auprès des animateurs. Ce qui n'empêche pas, par moment, de proposer des actions unisexes. Il est bon d'avoir des moments entre soi.

Chez les adolescents, et plus particulièrement pour les filles à partir de la 6e, il a été remarqué qu'en ACM, les activités qui étaient proposées sont à dominante masculine ; ce qui interroge cette mixité et la place des filles dans ces structures (analyse de cette problématique dans la revue Débat-Agora Jeunesse n°59).

Aux équipes à ne pas les oublier, à leur proposer des actions plus féminines (fitness, danse, activités créatrices...). Ce qui participera à faciliter les relations entre les deux sexes et luttera contre le sexisme.

 

Mixité des publics en situation de handicap

Au-delà des obligations créées par la Loi 2005-102 du 11 février 2005 pour « l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », il s'agit, d'une part, de faciliter l'accueil des enfants porteurs de handicaps ; et d'autre part, d'organiser la rencontre entre jeunes « ordinaires » et jeunes handicapés. Ces actions ne sont pas neutres, elles se préparent, afin d'éviter que cela soit contre-productif pour les deux publics, non inclusif. Rencontrer auparavant la famille, les éducateurs s'ils sont placés en foyer. Les intégrer progressivement, de quelques heures à une journée ou une demi-journée.

Eviter d'accueillir un seul enfant handicapé, qui deviendrait « l'handicapé « du centre. Cela risque de se traduire aussi bien de manière positive, protectrice (mais qui ne lui permettra pas de s'épanouir, de gagner en autonomie), que de manière plus négative, par du rejet.

Il est bien d'avoir dans son équipe un animateur plus particulièrement dédié à ces enfants, formé à l'accueil de ce public (Aide Médico-Pédagogique, AMP, ou Moniteur-Educateur).

 

Mixité de territoire

Les enfants peuvent résider dans des territoires très contrastés : urbains ou ruraux, aisés ou en difficulté ; avec des architectures variées : modernes ou ancestrales ; etc...

Les habitants de ces différents espaces ont des manières de vivre qui ne sont pas toujours similaires ; certains quartiers ont des étiquettes qu'il n'est pas aisé de déconstruire, qui freinent les rencontres.

Faire côtoyer des enfants issus de lieux variés ne pourra qu'enrichir leur connaissance du monde, essayer de faire tomber les stéréotypes. Pourquoi ne pas organiser des inter-centres entre quartiers, entre ville et campagne ?

 

Mixité d'âges

Les sociétés humaines sont composées d'individus de tout âge, que ce soit en famille (les générations), au travail, dans la rue..., tous les âges se côtoient. Hors, pendant les périodes scolaires et en ACM, les enfants sont tous rassemblés par âge similaire, à part l'équipe de professionnels qui les encadre ; ce qui n'est pas vraiment représentatif de la vie en société.

D'où l'importance d'organiser des rencontres intergénérationnelles (et pas seulement avec des personnes âgées !), ce peut être avec de jeunes adultes (musiciens, apprentis...), des tout-petits (crèche...), d'autres adultes.

A l'intérieur même du centre, organiser un fonctionnement par activités et non pas par tranches d'âge (les enfants s'inscrivent aux activités présentées par les animateurs). Les relations, l'entraide, n'en seront que plus riches !

 

Mixité sociale

Le fonctionnement des sociétés modernes induit une stratification, une catégorisation des personnes par CSP (Catégories Socio-Professionnelles), des plus humbles aux plus aisées. Ces groupes sociaux privilégient un « entre soi », avec des habitudes, des activités identiques.

L'école publique et l'instruction obligatoire permettent le brassage, la rencontre de ces catégories, de même que les ALSH pour les enfants d'âge primaire. Malgré tout dans certains quartiers paupérisés ou, à l'inverse, aisés, ce brassage n'existe pas.

Evaluer la mixité sociale du centre, si elle existe ou pas, s'il est souhaitable de la développer. Tout en sachant que cette rencontre entre groupes sociaux différents n'est pas facile : codes sociaux éloignés ; stéréotypes, refus, sont courants. C'est un travail de longue haleine, étape par étape...

 

Mixité culturelle

Ici l'aspect culturel est à prendre au sens large : origines, religions, éducation reçue, activités pratiquées, etc... Elle induit le respect et l'acceptation de l'autre tel qu'il est dans ses différences, son altérité ; dans la limite du savoir-vivre, en toute sécurité (affective et physique).

Pour certains centres, c'est une pratique quotidienne par l'accueil d'enfants d'origines très variées ; pour d'autres, c'est l'exception.

Aller à la rencontre de ces familles, de leur culture, afin de mieux les comprendre.

Ne pas hésiter à suivre des formations sur l'interculturalité pour mieux vous outiller sur ce sujet.

 

 

Organiser toutes ces formes de mixité ne s'improvise pas, la rencontre humaine ne va jamais de soi. Ces thématiques doivent faire partie du projet éducatif ou pédagogique, être identifiées, choisies, expliquées et rappelées aux animateurs.

Favoriser toutes ces mixités oblige chacun à sortir de sa zone de confort, de son « entre soi », aide à vaincre ses peurs, dépasser ses représentations et stéréotypes sur un Autre. Cela permet d'acquérir de nouveaux savoirs, de faire de nouvelles rencontres, de devenir plus tolérant, plus empathique. Développer ces rencontres évite également le repli sur soi, véritable danger qui peut mener à un manque d'estime de soi, à un repli sur soi et/ou identitaire, à un rejet de l'autre quel qu'il soit, à la violence. Autant de missions éducatives menées par les ACM...

 

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